Publié dans Ecriture et vie d'auteur

Faut-il se faire la main sur les nouvelles ?

En me baladant sur divers blogs de conseils pour auteurs, j’ai vu plusieurs fois revenir l’idée de se faire la main sur des nouvelles pour les auteurs débutants. Si le conseil n’est pas mauvais en soi – l’écriture de nouvelles peut effectivement être très formatrice – je trouve dommage de réduire ce format à un simple exercice d’apprentissage, comme si le roman devait forcément être le but à atteindre pour tout auteur.

Un bon outil d’apprentissage…

Le gros avantage de l’écriture de nouvelles par rapport à l’écriture de romans, c’est évidemment la longueur : de par sa courte taille, la nouvelle est forcément plus rapide à écrire, plus rapide à corriger.

Pour un auteur débutant, il s’agit là d’un avantage non négligeable. Ecrire une nouvelle fait moins peur, parce qu’on en voit plus facilement le bout, alors que quand on s’embarque dans l’écriture d’un premier roman on peut facilement en avoir pour des années. Ecrire une nouvelle est plus gratifiant, parce qu’en quelques semaines de travail on peut avoir un texte terminé et prêt à publier. Et l’impact psychologique du premier mot « Fin » que l’on appose au bas d’un texte n’est pas négligeable : c’est la preuve qu’on est capable de le faire – preuve qui met bien plus de temps à arriver quand on s’embarque dans un roman.

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L’écriture de nouvelles permet aussi une approche du monde de l’édition, notamment grâce aux nombreux appels à textes qui sont lancés : on sait d’avance ce que l’éditeur souhaite recevoir, ce qui permet d’optimiser ses chances, et l’attente est généralement moins longue. (Je dis bien généralement, parce que ce n’est pas toujours le cas…) Si la nouvelle est refusée, on apprend à encaisser les « non ». Si la nouvelle est acceptée, on découvre les « joies » des corrections éditoriales, de la relecture du BAT, de la relation (ou de l’absence de relation *soupir*) avec son éditeur… mais tout cela, à une échelle plus ou moins réduite. Bref, un bon aperçu pour mieux imaginer à quoi s’attendre quand on tentera de publier son roman.

Autre possibilité offerte par les nouvelles : l’expérimentation. Vous voulez tester un mode de narration auquel vous n’êtes pas habitué, essayer un genre qui ne vous est pas familier, vous amuser à créer un personnage aux antipodes de vos héros habituels ? La nouvelle est faite pour vous. Que ce soient des défis que vous vous imposez à vous-mêmes, ou des contraintes choisies par d’autres (dans le cadre d’un concours ou d’un AT, par exemple), il vous sera probablement moins difficile de sortir de votre zone de confort sur un texte court que sur un roman-fleuve.

… mais pas indispensable !

Si l’écriture de nouvelles peut constituer un bon apprentissage pour l’auteur débutant, il ne faudrait pas pour autant en conclure qu’il s’agit d’une étape indispensable. Non, tous les auteurs de romans n’ont pas commencé par l’écriture de nouvelles.

A titre personnel, j’ai longtemps préféré lire les textes plus longs – au point que les romans one-shot ne m’intéressaient que rarement ; je voulais au minimum des trilogies. A l’exception des quelques nouvelles écrites pour les cours de français, je me suis donc lancée dès le départ dans la rédaction de romans. Ce n’est que bien plus tard, après avoir découvert CoCyclics, que j’ai commencé à m’intéresser aux nouvelles et à en écrire quelques unes. D’ailleurs, l’exercice n’a pas été facile pour moi : je ne savais pas faire court… J’ai appris beaucoup de choses au passage (ne plus trop m’étendre, entre autres ^^), mais à mes yeux, il ne s’agit là que d’une étape parmi d’autres de mon apprentissage d’auteur, et non de la première. Une étape qui ne conviendra certainement pas à tous : certains ne sont tout simplement pas faits pour les nouvelles. (Moi-même, je n’en écris que très peu, ce n’est clairement pas ce que je préfère…)

En effet, s’il y a de grandes similitudes entre les deux exercices, l’écriture de nouvelle et celle de romans sont tout de même très différentes par bien d’autres aspects. Il ne faudrait pas croire que les nouvelles sont simplement des romans plus courts : c’est une toute autre façon de construire son texte. J’ai pu m’en rendre compte particulièrement en écrivant Flammèche : le roman est au final à peine plus long que la plus grosse des nouvelles que j’ai écrites – et je sais qu’il en existe aussi de plus longues. Pourtant, il ne fait aucun doute à mes yeux que Flammèche est bien un roman, et non une nouvelle.

Autrement dit, il y a certaines choses concernant l’écriture de romans qu’on ne pourra apprendre… qu’en écrivant des romans.

Les nouvelles : des œuvres à part entière

Comme je ne suis pas très expérimentée côté écriture, je vous parlerai davantage de mon approche de lectrice dans cette partie. En effet, je suis revenue depuis un moment de mon obsession du texte-le-plus-long-possible. La lecture de nouvelles m’a permis de découvrir un univers différent, mais tout aussi passionnant que celui des romans.

Dans les nouvelles, les univers sont généralement moins approfondis, mais esquissés juste ce qu’il faut pour permettre l’immersion. C’est tout un art de trouver le juste dosage. Il en ressort des ambiances très particulières, qui ne pourraient pas fonctionner aussi bien dans un roman. J’ai été surprise plus d’une fois par la puissance des émotions que pouvait susciter la lecture d’une nouvelle.

Souvent, le style des nouvelles est plus travaillé encore que celui des romans ; en effet, sur un texte court, on pardonne généralement moins un paragraphe plus faible que s’il est noyé dans un millier de pages. Il s’agit de trouver toujours le mot juste, celui qui éveillera exactement la bonne émotion chez le lecteur. Je me suis surprise à lire et apprécier des nouvelles simplement pour la beauté du style – chose que je ne fais jamais avec un roman.

Je vais me lancer dans une comparaison un peu bidon, mais elle correspond bien à ce que m’évoque le sujet… Un roman, c’est comme un gros gâteau – vous savez, du genre des énormes framboisiers qu’on sert parfois lors des mariages. C’est une tuerie, on en mangerait des kilos si on pouvait. Une nouvelle, c’est comme un macaron. Tout en finesse, ça se savoure plus que ça ne se dévore. N’allez pas me dire que les macarons valent moins que le framboisier, juste parce qu’ils sont plus petits… (Non, je ne dis pas ça juste parce que j’ai préparé 500 macarons pour la « pièce montée » de mon mariage… ^^)

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323 macarons précisément sur cette mappemonde, mais c’est sans compter tous ceux qui restaient dans les boîtes à côté…

 

Bref, il est temps de conclure…

A mes yeux, les nouvelles sont donc des œuvres à part entière, exactement comme les romans, les poèmes ou les pièces de théâtre. Des œuvres différentes, pour un plaisir différent. Il y a d’ailleurs d’excellents auteurs qui n’écrivent que des nouvelles. Il serait vraiment dommage de faire passer ces petites gourmandises pour de simples exercices d’apprentissage…

Et vous, que pensez-vous de ce conseil de « s’entraîner » sur des nouvelles ?


Crédits images :

Atelier d’écriture de Jean-Marie Adam, publiée sous licence CC BY-NC-SA 2.0

The end, par Elizabeth, publiée sous licence CC BY-NC 2.0

Mappemonde en macarons : photo personnelle, tous droits réservés.

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Auteur :

Autrice et lectrice, je vous parle de mes écrits et de mes coups de cœurs.

4 commentaires sur « Faut-il se faire la main sur les nouvelles ? »

  1. Bravo ! Je crois que tout est dit 😉 Les nouvelles et les romans sont deux manières d’écrire. L’une peut enrichir l’autre mais ce n’est pas nécessaire d’écrire des nouvelles pour se lancer dans un roman.

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