Ecriture et vie d'auteur

Mes petits cobayes…

Vous le savez peut-être, je travaille depuis maintenant deux ans et demi dans une garderie périscolaire/centre de loisirs. Chaque jour ou presque, je suis entourée d’enfants de 3 à 10 ans, jusqu’à une centaine certains soirs. Certains en feraient des cauchemars, mais moi j’adore ça. Si on fait abstraction des fréquents pipis et cacas dans la culotte en débuts d’année, de l’inévitable vomi du goûter de Noël, des nez à moucher et des petits pois écrasés sous les chaussures, c’est absolument génial. (Avouez, je vous vends du rêve, là ^^) Imaginez un peu : des câlins et des bisous à tout va, des bouts de choux qui vous offrent des dessins (et tant pis si c’est le dessin qu’un collègue lui a offert cinq minutes avant), des réflexions à mourir de rire dites avec le plus grand sérieux, et dans tout ça, vous êtes payés… à jouer. Parfaitement. Et les enfants vous donnent le parfait prétexte pour laisser libre court à vos délires. (Voyez par exemple cette sublime photo sur la quelle j’interprète « Maître Obi-wenn Kinebo » pour un grand jeu Star Wars au centre de loisirs…)

A côté de ça, j’écris. Et depuis quelques temps, je me surprends de plus en plus à écrire des textes pour les enfants. L’enfant des lions est un cas à part, je l’ai démarré (et terminé le premier jet aussi, d’ailleurs) bien avant de bosser comme animatrice. Mais jamais je n’aurais pensé écrire pour les plus petits. Aujourd’hui, j’ai Tibot en soumission, Flammèche en cours d’écriture, et d’autres idées pour diverses tranches d’âge. Parce que mes petites têtes blondes me donnent très envie d’écrire pour elles…

La suite est courue d’avance : je dispose d’un champs d’expérimentations fantastique, et je ne me prive pas de l’utiliser. A ceux-ci s’ajoutent les enfants de certaines grenouillent croisées sur Cocyclics, qui n’hésitent pas à faire appel à eux pour relire les extraits de que je poste. Aujourd’hui, j’ai envie de partager avec vous quelques anecdotes amusantes vécues avec mes petits cobayes…

L’enfant des lions

Mon cobaye numéro 1 est en fait le fils d’un couple d’amis, qui avait dix ans à l’époque. Par curiosité, je lui ai soumis le premier chapitre du premier jet, histoire de voir si le début l’accrochait. En retour, il m’a soumis une proposition de réécriture, en dix lignes à peine ! ^^ Au moins, j’étais sûre qu’il avait compris ce qui se passait et pourquoi. Ce fut l’occasion de voir à quoi ressemblait un texte écrit par un enfant qui veut écrire « comme un grand », ce qui m’a servi par la suite pour calibrer un message écrit par Marco. J’en ai notamment retenu une expression que j’ai adorée (mais qui suite a des modifications sur l’histoire à hélas dû être retirée…) : « Fany a un caractère nuisant. »

Numéro 2 est le têtard d’une grenouille de Cocyclics ; avec sa maman, il a eu la gentillesse de lire l’intégralité de mon premier jet au fur et à mesure de sa rédaction. Ses réactions m’ont permis de réajuster certains pans de l’histoire ainsi que le style de l’écriture. Mais j’ai surtout adoré sa réaction à un chapitre où j’expliquais la notion de manipulations génétiques ; lui, accro aux documentaires style C’est pas sorcier, m’a suggéré de rajouter des détails sur la façon dont l’ARN intervient dans la duplication de l’ADN. Moi qui craignais d’avoir fait trop compliqué ^^

Numéro 3 a été recrutée au boulot. Je parlais de temps en temps de mon roman aux enfants, notamment quand je m’amusais à en dessiner certains personnages, et leur réaction quasi systématique était « Trop bien ! Tu vas le mettre dans les magasins ? Je vais l’acheter ! », avant même de savoir de quoi ça parlait. Numéro 3 est la seule par contre à être revenue me voir de temps en temps pour me demander des nouvelles de l’avancement de mon roman. Au bout d’un moment, vu son intérêt, je lui ai proposé de le lire et de me dire ce qu’elle en pensait, ce qu’elle a aussitôt accepté. Malheureusement, elle n’a pas accroché au début, et la pauvre a été extrêmement gênée au moment de me l’avouer. Je l’ai rassurée comme je pouvais, et elle a pu m’expliquer un peu son ressenti. Son retour m’a été précieux pour déceler un défaut dans le début de mon roman et le retravailler. Depuis, par contre, elle n’a plus du tout demandé de nouvelles…

Flammèche

Numéro 4 (8 ans) et Numéro 5 (5 ans) ont été recrutées via leur maman sur Cocyclics, qui leur a lu les deux premiers chapitres. En l’absence d’images, Numéro 5 a eu un peu de mal à accrocher, mais entretemps j’ai agrémenté le texte de quelques dessins, et Maman a eu la surprise de constater qu’en fait Numéro 5 avait compris et retenu l’essentiel de l’histoire quand même. Numéro 4, de son côté, a bien accroché, et je lui envoie maintenant les chapitres au fur et à mesure de leur rédaction. Je suis touchée de constater qu’elle tremble pour mon petit Flammèche, alors que par ailleurs des histoires comme Harry Potter ne lui font pas peur.

Les cobayes suivants viennent tous de la garderie, et je me suis bien amusée de leurs réactions à la lecture du premier chapitre. Numéro 6 (7 ans) a lu sans difficulté les deux premières pages, mais Papa est arrivé si bien qu’elle n’a pas pu finir ; mais j’étais ravie d’apprendre qu’elle avait tout compris, malgré l’emploi de mots pas toujours simples. Numéro 7 (7 ans) et Numéro 8 (9 ans) ont lu ensemble, une page chacune son tour ; Numéro 7 était en fait davantage intéressée par la princesse que je lui dessinais en même temps, et s’est même levée au milieu de la page de numéro 8 pour aller chercher je ne sais quoi ; à la fin, elle a pourtant réclamé la suite (pour ne pas s’en soucier quand je l’ai amenée deux jours plus tard…). Numéro 8 n’a pas eu l’air d’accrocher, mais ça ne me surprends pas vu qu’elle n’est pas dans la tranche d’âge visée. Numéro 9, un petit garçon de 6 ans à qui j’ai dû faire la lecture, a préféré les premières lignes (ce que j’ai traduit par : quand ça ne parlait pas encore de princesses ; mais je me trompe peut-être) ; j’ai eu l’impression qu’il s’ennuyait sur la fin mais n’a pas osé m’interrompre. Enfin, Numéro 10, autre petit garçon de 7 ans, a préféré la fée… qui, heu… est mentionnée rapidement au détour d’une phrase et n’apparaîtra pas du tout autrement ^^


Bref, le bilan de ces quelques anecdotes : s’il est très intéressant, et parfois amusant, d’avoir le retour d’enfants sur les textes qui sont écrits pour eux, il n’est pas forcément évident de les exploiter.

Le problème est double : d’une part, les enfants n’osent pas forcément dire s’ils n’ont pas aimé, de peur de faire de la peine. (C’est, en définitive, le même souci qu’avec quasiment tous les proches : soit ils ne disent pas les problèmes, soit ils ne savent pas le faire avec tact…)

D’autre part, ils ne savent pas forcément analyser leur ressenti, pourquoi ils aiment ou pas. C’est d’autant plus flagrant sur Flammèche, qui vise des enfants plus jeunes. Il faut donc les aiguiller avec des questions plus faciles (qu’est-ce que tu as préféré, qu’est-ce que tu as moins aimé, etc) et, idéalement, quand c’est possible, bien observer leurs réactions pendant la lecture.

Je suis curieuse de voir ce que ça donnera le jour où je testerai la lecture de Tibot avec des petits de trois ans – mais avant ça, il faut que je finisse de l’illustrer.


Crédits image : photo personnelle, merci de ne pas réutiliser.

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